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Multimédia

"Swissmedia fédère
artistes et techniciens"

Propos recueillis par FABRICE DELAYE

Le multimédia n'est pas qu'américain. Partie de Vevey, l'association Swissmedia veut regrouper les forces de ce secteur émergeant en Suisse. Entretien avec son président, Yves Christen.

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Yves Christen

Lancée il y a un an, Swissmedia entend encourager le développement du multimédia en Suisse. Forte de 70 institutions et entreprises, elle entre en ce début d'année dans sa phase opérationnelle avec le démarrage de plusieurs projets. Membre de la commission chargée des télécommunications au Conseil national et syndic de Vevey, Yves Christen préside l'association. Il explique les ambitions de Swissmedia.

Bilan: Quelle nécessité y avait-il de créer une association pour le multimédia en Suisse?
Yves Christen: La première idée était de constituer une association professionnelle classique, chargée de défendre ses membres. Très vite, nous nous sommes rendu compte que le secteur naissant du multimédia avait d'autres besoins. D'abord, ceux qui développaient une activité dans ce domaine ne se connaissaient souvent pas. Swissmedia s'est donc donné pour première tâche de les mettre en contact. Au cours de ces rencontres, le concept a évolué. L'association est devenue une plate-forme susceptible de rassembler les compétences éparses des techniciens avec celles des créateurs. Le secteur du multimédia a éclaté un peu partout et ceux qui s'y intéressent ne savent souvent pas où s'adresser. Swissmedia sert de guichet unique et garantit le sérieux de ses membres en leur conférant l'équivalent d'un label.

B.: Vous demandez une participation de 500 francs annuels à vos membres. Qu'obtiennent-ils en échange de cette contribution?
Y. C.: De l'information tout d'abord. Jusqu'à présent nous avons tenté de la faire circuler par courrier mais la méthode n'est pas satisfaisante. Nous allons donc construire un Intranet entre nos membres et en offrir l'accès à des conditions avantageuses. Ce que recherchent les entreprises dans Swlssmedia ce sont aussi de nouveaux débouchés. Nous créons actuellement une société coopérative destinée à devenir le bras commercial de l'association. Swissmedia Production se chargera de dénicher de l'activité et de réunir des compétences pour des mandats trop lourds pour qu'un membre isolé puisse en assumer la réalisation. A côté de cela, nous travaillons à Ia mise en oeuvre d'une formation dédiée au multimédia.

B.: Pourquoi?
Y. C.: Le métier qui rassemble les compétences techniques des informaticiens et de spécialistes des réseaux avec celles des graphistes et des artistes n'existe pas. Vous ne trouvez aucune formation en Suisse qui a cette double vocation. Parallèlement, les entreprises qui participent a Swissmedia sont à la recherche de tels professionnels. Il y a donc un besoin urgent de formations passerelles. Nous allons proposer très vite un séminaire de quelques semaines qui complétera les études des ingénieurs ou des créateurs intéressés par le multimédia. Nous discutons avec les écoles professionnelles pour intégrer un institut du multimédia, géré par Swissmedia, dans le cadre des futures hautes écoles spécialisées. Enfin, nous sommes en contact avec l'Institut Eurocom, à Sofia Antipolis en France, et espérons qu'un cycle de formation postgrade au multimédia, reconnu au niveau européen, verra le jour en Suisse romande.

B.: Swissmedia réunit des entreprises de tailles très différentes et souvent concurrentes. Votre souhait de mise en commun des compétences ne risque-t-il pas de buter sur des conflits d'intérêt?
Y. C.: C'est notre principal problème à l'heure actuelle. Nous avons aussi bien de toutes petites PME d'une ou deux personnes que des géants comme IBM. Nous avons pensé que, pour pouvoir collaborer, nos membres devaient d'abord apprendre à se connaître en profondeur. Une entreprise peut avoir des compétences dans les réseaux, une autre dans les scénarios de CD-ROM ou la réalisation d'images. Swissmedia sert à les réunir. La gestion de la répartition des tâches est délicate mais pas impossible. Par exemple, Télécom PTT, membre de Swissmedia, n'a pas de spécialiste en interne pour créer du contenu pour son service Blue Windows sur Internet. Elle a donc confié à un de nos membres le soin de réaliser des pages Web consacrées à la formation. Nous comptons aussi sur l'ouverture en juin prochain du Swissmedia Center dans les anciennes usines des tabacs Rinsoz & Ormond à Vevey pour donner corps à ces synergies.

B.: Ne craignez-vous pas de créer un second Y-Park avec ce centre?

Y. C.: Notre projet est beaucoup plus modeste qu'Y-Park. Avec douze entreprises nous aurons fait le plein. Six mois avant l'inauguration, cinq ont passé un engagement ferme. La grande différence avec Y-Park, c'est que les entreprises intéressées par le Swissmedia Center ne viennent pas y faire de la recherche. Elles sont là pour développer des produits commerciaux. Elles ont donc tout intérêt à ce que le centre fonctionne. Les entreprises de multimédia n'investissent pas dans la pierre mais dans la matière grise. La Ville de Vevey, qui consent un investissement de 7,5 millions de francs, se montre souple en leur offrant des baux courts et bon marché ainsi qu'en facilitant la présence dans le centre du studio d'ICI Télévision. En échange d'un loyer gratuit, ce dernier est tenu d'offrir ses services audiovisuels aux autres entreprises du Swissmedia Center.

B.: Pour quelles raisons la Ville de Vevey consent-elle ces efforts?
Y. C.: Après la véritable tempête économique que nous avons essuyée ici, il y avait lieu pour les autorités de s'interroger sur l'avenir industriel de Vevey. Autour de l'arc lémanique vous trouvez beaucoup de compétences dans le contenant du multimédia, les technologies autrement dit. Par contre, la grande question demeure de savoir ce que nous allons communiquer grâce à ces nouveaux moyens d'expression. Sur la Riviera, nous avons du savoir-faire en termes de contenu avec l'Ecole et le Musée de la photo à Vevey ou le Symposium des télévisions et l'Institut européen de radio à Montreux. Sur cette base, nous souhaitons faire du Swissmedia Center un pôle d'excellence pour le contenu des produits multimédias.

B.: Mais n'y a t-il pas une contradiction entre cette ambition locale et la vocation nationale de Swissmedia?
Y. C.: Puisque avec le multimédia et les réseaux on peut être partout à la fois, il est logique de ne pas limiter notre approche à la région mais de l'élargir à toute la Suisse. Les Zurichois ont créé à peu près en même temps que Swissmedia une association similaire. Nous avons décidé de discuter avec eux et, pourquoi pas, de fondre les deux organisations à l'avenir. En outre, penser que le multimédia créera des centaines d'emplois à Vevey serait illusoire. L'important aujourd'hui est de posséder des entreprises qui ont du savoir-faire dans ces nouvelles technologies de l'information parce que c'est une condition à l'implantation de n'importe quel type d'entreprise. La présence à Vevey d'un centre spécialisé sera un atout pour la promotion économique bien au-delà de la commune.

* Cet entretien est paru dans Bilan, No 1, janvier 1997.

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